11/09/2026
Géopolitique de comptoir : et si l’on confrontait nos certitudes au livre de Bruno Tertrais ?
Guerre en Ukraine, tensions autour de Taïwan, rivalité entre la Chine et les États-Unis, avenir de l’OTAN, menace nucléaire… La géopolitique est devenue un sujet de conversation presque quotidien. Et avec elle circulent quantité de formules toutes faites : « le monde n’a jamais été aussi dangereux », « la Russie et l’Ukraine ont toujours formé un même pays », « le droit international ne sert plus à rien »…
Dans Géopolitique de comptoir, Bruno Tertrais s’attaque précisément à ces certitudes. Le politologue, spécialiste des questions stratégiques et internationales, passe au crible 110 clichés, fantasmes et simplifications sur l’état du monde.
Ce livre est un Smartbook et lui avons posé quelques-unes de ces questions comme on les poserait au cours d’une conversation.
Un livre conçu pour démonter les idées reçues
Le principe de Géopolitique de comptoir est particulièrement efficace : partir d’une affirmation que l’on entend régulièrement et examiner ce qu’elle vaut réellement.
Bruno Tertrais ne cherche d’ailleurs pas toujours à répondre simplement par « vrai » ou « faux ». Les intitulés des chapitres donnent le ton : « Pas si simple », « Ça se discute », « Pas vraiment », « Oui, mais… ».
Car en géopolitique, la réalité résiste souvent aux réponses trop simples.
Le livre parcourt ainsi les grands sujets du moment : le désordre mondial, l’Occident et les BRICS, les conflits, les États-Unis, l’Europe, la Russie, l’Ukraine, le Moyen-Orient, Israël et la Palestine, l’Asie, la menace nucléaire ou encore les guerres futures.
« Le monde est-il de plus en plus violent ? »
C’est sans doute l’une des impressions les plus répandues lorsque l’on suit l’actualité.
La réponse de Bruno Tertrais est beaucoup plus nuancée.
Certains indicateurs se sont effectivement dégradés et plusieurs conflits majeurs occupent aujourd’hui une place considérable dans l’actualité. Mais cela ne suffit pas à démontrer une augmentation générale de la violence.
L’auteur rappelle notamment que la majorité des États connaissent une diminution des homicides, que le nombre d’actes terroristes a baissé depuis son pic du milieu des années 2010 et que, sur la longue durée, les travaux de Steven Pinker mettent en évidence une tendance à la pacification des sociétés humaines.
Le Smartbook permet ici d’aller directement chercher l’argumentation du livre derrière une question très générale.
« La Russie et l’Ukraine sont-elles vraiment un même pays ? »
Autre affirmation régulièrement rencontrée depuis le début de la guerre en Ukraine : Russes et Ukrainiens formeraient historiquement un même peuple et la Russie serait l’héritière naturelle de la Rus’ de Kyiv.
Bruno Tertrais consacre une partie entière du livre à cette question et répond clairement NON.
Il revient sur la Rus’ kiévienne, fédération de principautés organisée autour de Kyiv à partir du IXe siècle, puis sur l’histoire propre du territoire ukrainien : royaume de Ruthénie, Hetmanat cosaque ou encore République nationale d’Ukraine.
Cette plongée dans plusieurs siècles d’histoire montre surtout pourquoi une formule apparemment simple peut masquer une réalité historique autrement plus complexe.
Et c’est justement dans ce type de question que le dialogue avec le Smartbook prend tout son intérêt : on peut demander une première explication, puis poursuivre sur la Rus’ de Kyiv, la Crimée, Maïdan ou l’élargissement de l’OTAN.
Que sont devenues les alliances militaires ?
Bruno Tertrais s’attaque également à l’idée selon laquelle les véritables alliances militaires auraient pratiquement disparu.
Sa conclusion est en réalité inverse : les engagements formels de défense se renforcent et se multiplient.
Le livre cite les nouveaux accords conclus en Europe, mais également au Moyen-Orient et en Asie, ainsi que la réactivation de l’alliance entre la Russie et la Corée du Nord.
La géopolitique contemporaine ne se résume donc ni à l’OTAN ni à quelques grands blocs figés. Elle repose aussi sur tout un réseau d’accords bilatéraux et régionaux que l’on remarque beaucoup moins.
Et Taïwan ?
Le chapitre consacré à l’Asie permet également de revenir sur une affirmation apparemment évidente : « Taïwan fait partie de la Chine. »
Bruno Tertrais répond : « pas faux, mais pas si simple ».
Il rappelle l’histoire particulière de l’île et surtout la subtilité de la politique dite d’« une seule Chine ». La plupart des États reconnaissent Pékin comme représentant de la Chine, sans nécessairement reconnaître pour autant la souveraineté de la République populaire de Chine sur Taïwan.
Quelques mots suffisent donc à ouvrir une question historique, diplomatique et juridique beaucoup plus complexe.
Un livre qui se prête particulièrement bien à la conversation
Géopolitique de comptoir possède presque naturellement la structure d’un dialogue.
Chaque idée reçue est une question en puissance :
- L’Occident est-il vraiment en déclin ?
- Les BRICS dominent-ils désormais le monde ?
- La Crimée a-t-elle toujours été russe ?
- L’Europe est-elle incapable de se défendre ?
- Les sanctions économiques sont-elles inefficaces ?
- La Chine deviendra-t-elle la première puissance mondiale ?
- Sommes-nous menacés par une troisième guerre mondiale ?
- Les guerres de demain seront-elles des guerres pour l’eau ?
Avec le Smartbook, il n’est plus nécessaire de retrouver soi-même le chapitre correspondant. On peut commencer par la question qui nous intéresse et poursuivre ensuite la discussion pour comprendre les arguments développés par l’auteur.
Une autre manière de lire un ouvrage qui, précisément, nous invite à nous méfier des réponses trop simples.